Les Naufrages

 

Le littoral biarrot a été témoin, au fil des temps, de drames marins dont les premiers connus, apparurent aux environs des années 1730, au moment où la navigation, disposant de bâtiments de qualité et de taille raisonnable, put se développer tant dans le domaine du combat naval que du commerce et de la course.





Le naufrage de l'Orphelin en 1882


Le 18 Novembre 1882, le brick L'Orphelin, par une tempête épouvantable, essaie de se réfugier dans le Port des Pêcheurs : il est drossé sur les rochers du canal d'entrée au port, bloquant totalement le chenal : les vagues sont si fortes que les sauveteurs ne réussissent pas à saisir bouée et filin que le bateau essaie de lancer. C'es alors que deux marins biarrots, Jean-Léon Lassalle et Victor Million, ont l'idée d'envoyer vers le navire le chien Black, appartenant au premier d'entre eux.

Black est un épagneul à poil long, remarquable dans la chasse aux oiseaux aquatiques, qui ramène ainsi bouée et filin, permettant de sauver le capitaine et les six marins du navire naufragé.

Il fut décoré puis acquis par le grand-duc Alexis, frère du tsar Alexandre III de Russie. Un long poème commémora comme il se doit cet exploit sortant du commun.

Black fut enterré au cimetière des chiens à Moscou.

 


Le naufrage de La Surprise en 1893


Le 17 Novembre 1893, le sémaphore de Biarritz signale la tempête. Le même jour, le sloop La Surprise, du port de Boulogne, quitte le port de Bayonne malgré les avertissements, avec quatre hommes et un mousse bord. Il a un chargement d'ardoises pour Londres.

Dans la nuit, saisi par la tempête, il perd voiles et gouvernail et se met à dériver vers la côte, poussé par de furieux vents de nord-ouest.

 

 

Le lendemain, vers 19 heures, il est entraîné vers la jetée du Rocher de la Vierge. Le canon d'alarme alerte la population. L'épave apparaît à peine dans la brume et les embruns. Une saute de vent au nord-est pousse le bâtiment vers le sud.

Des feux sont allumés sur l'Atalaye pour l'aider à s'orienter et, le dimanche 19 novembre, au petit matin, il apparaît, démâté, portant un lambeau de foc à son mât avant devant le phare.

Le mât du sémaphore porte un drapeau noir signalant un navire en perdition.

 

Les vagues et le courant entraînent l'épave vers le sud et la digue du Rocher de la Vierge, et peu à peu il se retrouve dans la même position que la veille. Un canon porte-amarre a pu être acheminé du Boucau et l'espoir revient de sauver l'équipage ; la mer grossit et le vent souffle en tempête : l'épave est drossée de plus en plus vers les récifs, qui entourent le Rocher de la Vierge.

Les essais du lance-amarre sont négatifs, malgré trois expériences successives ; au dernier envoi, un marin de La Surprise se jette à la mer pour essayer de saisir le bout sauveteur ; il disparaît très vite dans les vagues.

Dans le bateau, le corps du petit mousse roule inanimé. Une vague monstrueuse soulève la carcasse disloquée du sloop, qui se fracasse sur le rocher l'Arroque Trucade.
Trois survivants surnagent : la foule des sauveteurs, impuissante et navrée, va les voir disparaître,
tandis que la mer commence à se calmer, satisfaite sans doute du tribut douloureux qui vient de lui être réglé.
Un seul corps recueilli, celui de Joseph Calvez, est enterré au cimetière du Sabaou, dans une tombe offerte par la ville.
Une croix de fer sera scellée sur
la Roche Battue en souvenir des disparus.

Le naufrage du Padosa à la Grande Plage en 1907


Dans la nuit du 14 au 15 Décembre 1907, un trois-mâts suédois Le Padosa, faisait naufrage devant la Grande-Plage dans une tempête d'une extrême violence.

Le canon donnait l'alerte au crépuscule. Le vent soufflait en rafales et la pluie diluvienne balayait le rivage.

Pourtant la fête battait son plein dans la station. En ce temps de Noël, les trains bondés avaient déversé en ville une foule joyeuse.

Entre deux tours de roulette, les joueurs quittaient le casino pour venir voir. Sur la plage, " les badauds après avoir reconnu les épaves, courent au cinéma ".



La lutte pour arracher les marins à la mort dura sept heures et demie. Les sauveteurs s'affairèrent sous la direction du capitaine Mazon, à la lueur des projecteurs du Palais et du Casino.

Le commandant irlandais Caulfielf, violemment frappé par une épave, perdit connaissance. Jean Léglise, allongé dans l'eau de toute sa haute taille, se fit tenir par les pieds et parvint à saisir trois naufragés.

Le soleil se leva sur un spectacle de désolation :
sable jonché de tonneaux, cordages et débris de coque.
Le bâtiment fut totalement détruit et, sur les onze
hommes d'équipage, huit furent sauvés.

Le drame souleva une critique extrêmement vive du fait que la Société de Sauvetage en Mer fut taxée d'incapacité et d'impéritie et surtout de manque de moyens.

" La Tribune Socialiste " accusa : " Le naufrage de La Surprise n'a servi à rien ". La ville ne s'est pas dotée du matériel nécessaire au sauvetage : phares suivants, canot... La municipalité peu soucieuse de parer au plus pressé a préféré goudronner les rues.

Une polémique violente et stérile s'ouvrit : M. Charles Blaise, secrétaire-trésorier de la Société de Sauvetage
démissionna, le maire de Biarritz écrivit au capitaine de Frégate Brossard de Coligny, inspecteur de la Société
Centrale de Sauvetage, sur l'intérêt de l'emploi d'un cerf-volant porte-amarre qui ne paraissait pas adapté
aux objectifs de sauvetage ; la municipalité intervint pour demander l'attribution à Biarritz d'une cale de
lancement, d'un canot de sauvetage avec chariot et de diverses installations.

Les autorités suédoises, par contre, parurent satisfaites des efforts faits par la cité pour aider les malheureux naufragés.

La légation de Suède à Paris demanda en particulier au maire de Biarritz de lui donner la liste des habitants qui avaient participé aux opérations de sauvetage.

Les marins rescapés du Padosa
 

Le naufrage du Knebworth en 1930


Le 27 Janvier 1930 eut lieu le dernier naufrage de la série. Le vapeur anglais Kneworth, dans l'attente de la marée pour rentrer à Bayonne, mouillait au large du Phare de Biarritz.

Dans la soirée, une bourrasque subite et très violente le conduisit à chasser sur ses ancres et à s'échouer, puis à se briser en deux tronçons sur le rocher La Frégate, en bas du Phare de Biarritz.

Ce charbonnier venait de Blyth, avec 1 400 tonnes de charbon dans ses soutes, à destination de Bayonne.



Des 16 hommes de son équipage, 8 furent récupérés à l'aide du va-et-vient établi depuis la Pointe du Phare. Le directeur de l'hôtel Miramar, M. Delahalle, se dépensa sans compter. Il fit installer des projecteurs pour éclairer les lieux du sinistre, des chambres préparées à la hâte hébergèrent les rescapés.

Le lendemain du naufrage, le bateau de St-Jean-de-Luz, La Marthotte, piloté par les biarriots Ernest Henri, dit "Pinthiayre" et Félix Lassalle, parvint à accoster et à sauver les sept marins qui étaient restés sur l'épave.

Seul, le matelot Glendiming, originaire de Newcastle, périt dans ce naufrage, en essayant de rejoindre la côte avec une bouée lumineuse.

L'épave fut démolie par les flots à la fin de 1930, laissant toutefois apparaître pendant de longues années
encore, à marée basse, des tôles d'acier semblant défier les cieux et les flots.

 
Texte de Biarritz, au vent du large et de l'histoire - Mairie de Biarritz