Les Quartiers de Biarritz

Le Rocher de la Vierge ou Cucurlon

Napoléon III avait décidé de construire un Port de Refuge où se mettraient à l'abri les navires de commerce dans l'impossibilité de franchir la Barre de l'Adour les jours de fortes tempêtes.

La digue qui devait avancer de trois cent quarante mètres au large ne dépassa jamais une centaine de mètres. Une tempête d'une rare violence l'entama dès 1868. L'océan dans les années qui suivirent arracha cinquante mètres de maçonnerie brisant définitivement tout espoir de construction d'un port.




Les travaux en 1873
La construction

Cette initiative sans lendemain ne fut pas inutile puisqu'elle offre aux visiteurs une promenade unique.

On y perça un tunnel. Justin Larrebat parle de détonations qui " allaient redoublant la nuit aussi bien que le jour ". On se serait cru, dit-il, dans une ville assiégée. " C'était le Cucurlong, ce mastodonte de nos rochers, qui devenait tunnel et vomissait ses entrailles ".

La passerrelle et le tunnel creusé dans la roche pour la circulation des wagonnets sont empruntés par des milliers et des miliers de flâneurs.
La Reine d'Espagne au Rocher de la Vierge

On pouvait autrefois accéder à la digue à partir du parapet arrondi mais ce n'était pas sans danger. Les accidents se succédèrent : le pêcheur à la ligne Jean-Baptiste Bapsères, père de sept enfants, emporté par une lame en 1863, trois ouvriers au travail sur le chantier l'année suivante, trois artistes du Théâtre des Arts venus faire un tour sur la digue au clair de lune en attendant le train qui les ramènerait à Paris.

Il y avait autrefois un mât pour la mise à l'eau d'un canot de sauvetage.
Le capitaine Mazon, à l'origine de cette initiative, avait sûrement en tête le naufrage de la " Surprise ".

 

 


La passerelle du Rocher de la Vierge


Avec le rocher du Cucurlon et la digue, elle a fait partie jusqu'en 1905 du domaine public municipal.

La construction du Port de Refuge détermina le lancement entre la terre ferme et le Cucurlon d'un pont que le poète gascon, Justin Larrebat, qualifiait de " toile d'araignée ". Il ajoutait : " Vous serez effrayé de vous trouver en mer sur des baguettes " mais " tranquilisez-vous, ces brimborions défient et bravent les vagues échevelées qui viendront se briser et se confondre en hurlant à vos pieds ".


 

 


Le pont de bois de l'époque impériale fut remplacé par une passerelle métalique. L'adjudication à la Société Schryver et Cie d'Hautmont (commune du Nord) date du 1er juin 1886.

Sur le procès-verbal d'épreuves du 17 mai 1887 apparaît le nom, et lui seul, de cette Société ce qui exclut, hélas, toute implication de Gustave Eiffel dans cet ouvrage comme on s'est plu à le croire très longtemps.

 


La Reine Victoria en 1889 fut la seule à étrenner
" motorisée " la passerelle dans sa petite voiture à âne dont un robuste gaillard tenait la bride.

Le Rocher de la Vierge était la promenade préférée de la souveraine.

 

La loge de théâtre


L'ouverture découpée dans la roche fauve ne pouvait trouver nom plus approprié.

Ici, se sont attardées des générations d'hommes et de femmes, simples citoyens ou monarques, émerveillés par la beauté du spectacle : l'océan à perte de vue ; par temps clair, la côte landaise, la Barre, les plages d'Anglet et, plus près, l'aiguille du Phare, la falaise du Coût, l'hôtel du Palais, le dôme de l'église russe, la digue de la défunte Cafetière et, sous l'Atalaye " Lou Bouhoum ", cette caverne où les vagues s'engouffrent en grondant, faisant vibrer le sol et irrisant l'air.
On dénomme également cet " oeil démesuré sur l'infini " (Guide Ouvrard - 1894), " Roche Percée " ou " Trou de Madame ". La duchesse de Berry en visite à Biarritz en 1928 se serait écriée : " Quel trou ! ".

En 1864, la roche dépouillée de l'amas d'argile et de mollasse qui l'ensevelissait, prit l'aspect de la rocaille naturelle qu'on lui connaît de nos jours. L'enlèvement des terres amoncelées mit à nu un banc de rochers.



On y venait déjà déguster des glaces...

Le Rocher de la Vierge était un
but de promenade très prisé.

ou poser pour les photographies-cartes postales
destinées aux amis.

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Textes de Monique et Francis Rousseau - Biarritz-Promenade

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