Eglise Sainte-Eugénie
 
L'église Sainte-Eugénie en 1862



Malgré une disparition inexpliquée des plans en 1854 et une flambée des prix des matériaux et des salaires des ouvriers qui firent passer le devis de 31 500 Francs à 39 900, la première messe fut célébrée le 31 Août 1856 dans l'édifice romano-byzantin couronné par le clocher d'Emile Boeswilwald, offert par Napoléon III.

 

 et en 1880  


L'église en 1893
Hélas, on n'avait pas vu asssez grand. Les offices avaient beau se succéder de demi-heure en demi-heure, une partie de l'assistance attendait à chaque fois sur la place.

Il y eut controverse entre les partisans de l'élargissement de la chapelle et ceux qui se prononçaient pour sa démolition. D'autres refusaient le site, trop proche de l'océan, trop loin du centre. Les adeptes de la démolition finirent par l'emporter.

Le duc d'Ossuna posa la première pierre de la nouvelle église le 11 septembre 1898.
 
La construction de la nouvelle église
Sainte-Eugénie, érigée en paroisse par décret du 12 août 1894, eut pour premier curé l'abbé Larre,
surnommé .....le "vinaigre" par opposition au curé de Saint-Martin, l'abbé Lisle, dit "l'huile".

Né le 23 Février 1853 à Arcangues, il fut un professeur réputé du petit séminaire de Larressore de 1876 à 1890.
Il fut vicaire de Saint-Martin puis nommé curé de Sainte-Eugénie en 1894 après avoir été le desservant de
la chapelle depuis son inauguration. On peut dire que c'est lui qui, avec Ernest Lacombe, l'architecte, a fait
de l'église Sainte-Eugénie le joyau artistique que l'on connaît.

Grand érudit, homme de goût, psychologue et pédagogue de grande valeur, il était disponible 24 h sur 24 h
pour ses paroissiens. Grâce à la générosité de grandes familles qu'il allait visiter, il put construire un patronage
remarquable où maillots, shorts et pelotes basques étaient distribués.

Sainte-Eugénie reflète la personnalité de ce prêtre si populaire dont le souvenir, cinquante après sa mort, reste vivace, à la limite de la légende.

Râblé, agile, imprévu dans ses commentaires, il était vif dans ses répliques, volontiers truculent (un confrère venu lui rendre visite alors qu'il était souffrant et alité lui dit : "Vous serez bientôt sur pied". La réponse fusa : "En attendant, je suis sur le cul..".

Les bénitiers, coquilles géantes en provenance de Manille (don du chanoine Juanchuto) et leurs équivalents en marbre ont permis bien des fois à l'abbé Larre de morigéner ses ouailles.

Les paroisiennes servaient de cible privilégiée : "Notre bénitier prétend... que ce sont précisément les plus laides qui sont les plus décolletées" (Le Petit Messager de Biarritz - bulletin paroissial 1915). Il arrive que même les hommes oublient "leur sens naturel de la mesure". Qui est cet individu entré dans l'église "tel un pelotari sur la place" en chemise et en culotte ?

Après avoir pesté contre les toilettes indécentes qu'il est condammé à refléter par le haut, le bénitier très disert se plaint d'être en butte, par le bas, à l'aspersion peu liturgique des toutous qui accompagnent quelques "élégances douteuses" !

Mais point besoin de bénitier pour admonester le sexe faible, accusé de tous les maux. "L'abondance de signes croix, fussent-ils triples, ne supplée pas le manque de corsage". La mysoginie de l'abbé Larre s'en donnait à coeur joie. Les robes ? "Trop basses d'en haut et trop hautes d'en bas..." Le rouge à lèvres ? On dirait "les gros numéros sur la porte de certaines maisons". Les femmes n'ont plus le sens du ridicule. Après avoir ressemblé à des fourreaux de parapluies, les voilà déguisées en abat-jour !

 

Et que penser de ces " gymnastes femelles " ? Puisqu'elles aiment le sport, qu'elles pratiquent le "balaying", "pluming", "ciring"et "laving"...

 

Quand on voit comment réagissait l'abbé Larre malgré les contraintes vestimentaires qu'imposaient la mode de l'époque, on frémit à la pensée du retour de notre bon curé de nos jours..... et des anathèmes qu'il n'aurait pas manqué de jeter....

Le curé Larre distillait ses phrases sibyllines et émaillait de commentaires cinglants des sermons toujours brefs, prononcés sur le ton de la conversation. L'office se déroulait en un temps record, entre douze et dix-sept minutes. D'aucuns évoquent les trois messes de la nuit de Noël débitées à la queue leu leu en trente-cinq minutes, comme dans les trois messes basses d'Alphonse Daudet !

C'est dans la crypte qu'il faisait le catéchisme, porte fermée de préférence pour que ne percent pas ses éclats de voix quand il se mettait en colère. Il savait aussi récompenser et envoyer chercher à la pâtisserie Figué éclairs ou babas.

Tous les mois, paraissait son bulletin paroissial, savoureux et plein d'humour le Petit Messager de Sainte-Eugénie , à la devise bien digne de lui : "Aie bon courage et gai visage", qui était lu autant à l'étranger qu'à Biarritz.

L'orgue était aussi un sujet d'orgueil pour M. le curé. La soufflerie hydraulique d'origine causa cependant de multiples problèmes. L'organiste jouait tous les jours ; la pression d'eau dans les hôtels avoisinants en pâtissait. La Compagnie des eaux était assaillie de réclamations. C'est que la titulaire des orgues de 1903 à 1952, Mlle Jehanne Paris, s'acharnait au travail. Brune, petite, fluette, "un vrai paquet de nerfs et un monument de talent", elle ne vivait que pour la musique.

Sorties de messes à différentes époques
   
   
Les inventaires des biens de l'église en 1906.



Le 7 février 1906, dressé comme un coq, l'abbé Larre refusa d'ouvrir la porte fermée à double tour.

Insistance du commissaire de police, sommations
du préfet, constat du refus d'obtempérer, réquisition rien n'y fit ! Il fallut briser la vitre.

De la crypte montaient des cantiques.

 

Sur la place Sainte-Eugénie, la maréchaussée et la
troupe contenaient à grand-peine les manifestants auxquels s'étaient mêlées la reine Nathalie de Serbie et son escorte de fillettes du patronnage.

Le dimanche suivant, Gaston Larre réconforta les fidèles : "La loi de Séparation a payé la dette formidable de notre église. Réjouissons-nous, mes frères !" Il exigea de la commune et de l'Etat la restitution des sommes avancées.

Il n'empêche que sa vie durant, il se donna pour tâche l'aménagement et l'embellissement de son église.
Décédé le 23 Octobre 1936, après cinquante de ministère,
l'abbé Larre repose à l'angle nord-est de la crypte dans SON église, qu'il travailla à enrichir avec passion et beaucoup de goût.

En 1927, une souscription pour le clocher de l'église fut lancée. Celui-ci devait se terminer par une flèche,
mais faute d'argent le projet fut abandonné. Les cloches furent installées en 1931.
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